FIN DE CARRIERE
Message de fin de carrière à mes lectrices, lecteurs et amis
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C'est en fait par la série Le 5e rang que se termine une carrière de romancier et parfois d'essayiste commencée en 1977. Après les 65 ouvrages écrits et publiés, il m'en restait encore 8 en tête, planifiés, prêts à jaillir, mais il semble que le temps ne me sera pas donné de les coucher sur papier. Comme pour chacun de mes livres, j'ai commencé par l'idée principale directrice de l'ouvrage ou de la série, ai trouvé des titres et rédigé l'argumentaire en couverture arrière. Je vous livre tout ça sur d'autres pages en lien avec celle-ci. Mais ma santé m'a laissé tomber. Je l'avais prévu depuis longtemps, disant à qui voulait l'entendre : quand je serai sorti du bois (les difficultés du métier), ce sera le temps d'entrer dans ma tombe. À ma plume chaque jour depuis 1977, je fus interrompu brutalement le 20 novembre 2008 par un accident cardiaque s'ajoutant à celui de 1995 qui avait été suivi de pontages en 1998. On a cru à un infarctus puis à un épisode de fibrillation auriculaire. À cela s'est ajoutée une fracture de la cheville. Et j'ai passé tout l'hiver dans une convalescence des plus oisives en espérant reprendre la suite de Papi là où je l'avais laissée autour de la page 100. Les médicaments me privaient du meilleur de mes facultés et je n'arrivais pas à me concentrer pour m'y remettre. Alors que je m'apprêtais à reprendre le collier récemment (juin 2009), on m'annonçait un cancer de fin assurée et prochaine. Vésicule, foie et péritoine. Inopérable le 'granc C'. Et chimio inutile sinon ajouter des mois de douleur à quelques mois de souffrance. (La médecine m'a proposé de la chimio palliative et non curative. Ajouter des mois de douleur à des mois de douleur. Drôles de médecine parfois. C'est de la chimio 'euthanasiante' qu'il me faut et non prolonger une agonie médicamenteuse! En tout cas... L'annonce du diagnostic sidère. Choc ! Refus ! Puis finalement acceptation! Je le dis sans colère ni révolte, je préfère ne pas voir zigonner sur ma raison de vieilles scies soit les conseils usuels généraux suivants concernant une possible (mais improbable) guérison : bats-toi, prie Dieu, demande à l'univers... SE BATTRE ? Se battre pour ajouter quelques années d'une lente agonie médicamenteuse à un âge qui, de toute manière, chaque jour, gagne un peu plus sur vous, et vous rattrape inexorablement, à quoi bon, qu'on me le dise ? J'aurais pris 7 ans en santé; mon corps ne le veut pas. Soit ! PRIER DIEU ? Prier ? Prier qui ? Je ne crois pas en ce Dieu que les religions nous ont légué. On nous a dit que Dieu nous avait créés à son image et à sa ressemblance, moi, je pense tout le contraire : c'est l'homme qui a créé Dieu à son image et à sa ressemblance tout en prenant soin de lui façonner un 'look' si rassurant de surhomme protecteur et "interventionniste". Oui, je crois en une énergie créatrice, une première cause immobile et éternelle comme le disait Aristote, mais pas en un Dieu qui interviendrait pour 'béquer bobo' des uns mais qui laisse mourir plein d'enfants que la maladie dévore ou que la faim assassine à petit feu tout partout dans le monde. Ce paradoxe est d'une absurdité telle que pour moi, il réduit à néant toute possibilité d'existence d'un Dieu d'amour qui, de surcroît, au lieu de se manifester clairement, passerait par des signes, des paraboles, des écrits indéchiffrables que chacun peut assaisonner de sa propre sauce. Et qu'il nous faudrait absolument déchiffrer sinon gare à notre salut! Quel parent humain ne ferait pas l'impossible pour sauver son enfant des dangers de la vie, de la maladie, de l'accident, des risques ? Et ne l'en préviendrait pas par des paroles claires ? Quel est donc cet affreux parent divin qui laisse aller vers le pire un monde géré par la souffrance et la violence depuis tous ces millnéaires ? Et finalement, quel être incohérent créerait un être sensible à la souffrance des autres et ne le serait pas lui-même ? Les milliards de croyants ont sans doute raison, mais je n'arrive pas à croire en ce Dieu répété si peu enclin à la pitié... Et puis tiens, j'ai envie d'un peu d'humour à propos de ce Dieu de nos pères si bon, si puissant, mais qui s'avère le pire ingénieur génétique qui soit. A-t-on idée de construire une créature et de la faire naître sous la menace d'au moins 4800 maladies ? Car c'est ce nombre d'épées de Damoclès qu'on peut recenser dans le Larousse des maladies. Dans mon livre La belle Manon, j'ai décrit un Dieu complètement ivre et qui fait plein d'erreurs sur son ordinateur génétique. En ferait-il moins qu'il aurait moins besoin d'intervenir pour soigner cette pléthore de bobos humains. Et si vous aviez la toute-puissance, inventeriez-vous un être aussi fragile que l'humain et en prime, lui exigeriez-vous de croire en vous sous peine de grands malheurs éternels ? Je scandalise mon entourage avec de tels propos. "Tu auras des comptes à lui rendre, " me dit-on. Eh bien moi, je dis que de l'autre côté, c'est moi qui lui demanderai des comptes à ce drôle de Dieu tout emmêlé. Car c'est lui le mauvais ingénieur génétique, pas moi. Et quand, pour justifier les erreurs de Dieu, on me brandit la faute de mes premiers parents, je m'énerve. Alors quoi, je ne m'appelle ni Adam ni Ève, moi. Pourquoi on me punit pour la rébellion de mes ancêtres et pour une insignifiante histoire de pomme. ai-je à porter le poids écrasant du péché des anciens ? Non, mais ça s'peut pas ! (P.S. Ne pensez-vous pas qu'au lieu de 4800 épées de Damoclès (maladies potentielles) au-dessus du berceau d'un enfant innocent, ce cher 'bon' Dieu aurait pu, histoire de nous faire payer la dette d'Adam et Ève, se contenter de 2000 ? Bon, O.K. disons 3,000 d'abord.) (P.S. J'en dis long sur le Dieu qu'on a reçu en héritage, mais c'est bien peu par rapport aux 1,500 pages que je préparais pour la trilogie Le Bourreau. S'est-il dit qu'il valait mieux pas ?) Enfin, je le redis, je respecte les croyants et leur foi, mais j'ai le droit de dire que je ne la partage pas et que je crois plutôt à un retour à la vie éternelle qui est la nôtre et qui fut momentanément interrompue par une expérience de vie charnelle et terrestre. Fantastique aventure que cette vie de l'au-delà et que nous allons vivre avec tous ceux qui nous ont précédés de l'autre côté du miroir. DEMANDER AU COSMOS ? Et puis demander ma guérison à l'univers ? L'univers n'a jamais répondu à mes demandes. Commencerait-il à le faire maintenant ? À moins de lui demander la faveur d'une mort propre et douce... Même là, je crois qu'il serait plus sûr de me la demander à moi-même... À propos, quelle est donc cette société qui permet l'euthanasie d'un foetus, histoire de s'en débarrasser, qui encourage l'euthanasie d'un chien qui souffre trop, mais qui, du même souffle, interdit l'euthanasie humaine (librement voulue par le patient en fait le suicide assisté) histoire de faire durer la souffrance, cette valeur sûre qui permet peut-être à la dite société de mieux contrôler son monde ? J'ai eu beau chercher dans mes dictionnaires de synonymes et de superlatifs et n'ai trouvé pour qualificatifs à cette société que : cruelle, atroce, sadique, barbare... Et j'ai dû abandonner faute de trouver les mots assez forts pour le dire... DEUX PIEDS SUR TERRE... Ce gâchis de santé qui m'atteint à 67 ans fut causé, je l'affirme, essentiellement par le mépris affiché par cette société pour le métier des lettres. Et je pense au prêt public de ses livres non compensé à l'auteur. J'ai toujours dénoncé le fait que la madame qui utilise le second véhicule familial pour se rendre à la résidence secondaire, et qui, chemin faisant, s'approvisionne des meilleures choses au supermarché, puisse du même souffle s'arrêter à la bibliothèque, emprunter mon livre tandis que moi, l'auteur, je crève de faim. Je ne blâme ni cette personne ni la bibliothèque, mais je soutiens que l'Etat manque à son devoir de dédommagement pour pareille expropriation d'un bien intellectuel. On s'élève contre le piratage de disques, personne ne s'élève jamais contre ce piratage légal ( et intouchable parce que séculaire) des ouvrages des auteurs. Je n'ai jamais prôné la fermeture des bibliothèques, j'ai toujours demandé un programme équitable de compensation. On en a un du côté d'Ottawa, mais il pue l'iniquité de bout en bout avec son plafond et son mode d'échantillonnage et de rémunération. A Québec, l'État grand défenseur de la langue française : rien, aucun programme du genre. Jamais rien pour les auteurs à part d'innombrables déclarations de principe aussi creuses qu'hypocrites. Et quelques petites bourses par ci par là, qui coûtent plus cher à administrer que ce qu'elles valent. Ce fiasco de santé fut certainement provoqué par la grande frustration de ma carrière : me savoir volé chaque jour par un système abusif et aveugle. (A noter que les programmes européens de dédommagement pour le prêt public sont bien plus équitables...) ET VOUS, AMIS DE PARTOUT... Ceci dit, je décolère. Car je pense aux êtres chers ainsi qu'à tous ceux qui m'ont encouragé, soutenu durant ces 32 années d'écriture. Quand même, j'ai pu écrire 65 livres et les ai tous (sauf le premier) publiés à compte d'auteur, un mode méprisé ça aussi grâce à un vieux téléguidage affairiste. Et je compte pas mal de lecteurs depuis 1978. À ceux-là, je dis que j'ai fait de mon mieux dans mon métier d'homme-orchestre de l'écriture et de l'édition, avec les moyens dont je disposais, et sans jamais la moindre subvention, sans soutien bancaire et avec bien peu de couverture médiatique, sauf dans le cas d'Aurore en raison du sujet et de son adaptation au cinéma en 2005. Certes, mes livres ont des défauts et parmi eux, quelques-uns qui auraient pu être évités grâce à des subventions que je n'ai d'ailleurs jamais eues, n'y étant pas éligible, ni désirées. La qualité du papier, la révision finale du texte, la graphisme des couvertures : je manquais de budget pour ces choses. Si j'avais seulement obtenu justice quant au prêt public, j'aurais pu améliorer ces aspects. Mais l'affabulation serait restée la même et pas mal tout le reste aussi. (Je dois ajouter que j'aurais écrit plus de romans historiques, un genre que j'ai adoré, mais plus difficile à vendre.) Je reviens à vous, mes chers supporteurs de longue date ou les récents, ou bien les occasionnels, pour vous dire que je vous donne rendez-vous à la mise en terre de mes cendres qui se fera au cimetière de St-Honoré-de-Shenley en Beauce à une date indiquée dans le tableau qui termine cette page. J'ai chargé quelqu'un de faire paraître la date de mon décès sur ce site. Et il n'y aura pas d'exposition du corps. Là-bas, à St-Honoré, si vous deviez vous y rendre, cherchez les êtres chers et insufflez-leur un peu de votre énergie et de votre bonheur de vivre. Quelques-uns en auront bien besoin, je ne le sais déjà que trop ! Si d'aucuns parmi vous désirent me faire parvenir des courriels de soutien, je tâcherai de les lire tous, mais il ne faudra pas vous attendre à une réponse vu mon état de santé déjà dégradé. Et, de grâce, qu'on ne me parle pas de combat courageux contre le cancer, encore moins de prière à ce vieux faux Dieu qui n'existe que dans notre héritage culturel. (Si je ne crois pas en ces choses, par contre, j'ai une grande confiance dans ce qu'on appelle les ondes positives collectives. Plusieurs esprits qui tirent ensemble peuvent, je pense, faire avancer des attelages bien lourds. Et j'accepterai avec bonheur vos ondes, même si vous les appelez prières...) Pensez à moi simplement : ce sera ma plus grande force de soutien. LE GRAND VOYAGE Pas facile, n'est-ce pas, de sortir de ces clichés de culture qui jaillissent comme automatiquement à travers notre cuir chevelu et sont enracinés dans nos orteils ! À propos, l'envie me vient de vous suggérer de lire mon livre intitulé Le grand voyage, publié en 1999, et qui pourrait être réédité dans les mois ou années à venir. (Je ne serai pas là, mais d'autres y verront à ma place.) APPRIVOISER LA MORT J'ai envie de vous confier un secret ici. Savez-vous quel fut pour moi le meilleur moyen d'apprivoiser la mort ? Croyez-le ou non, ce fut de lire des livres à caractère historique ou bien en écrire. Comme La Sauvage, Au premier coup de canon, Le trésor d'Arnold mais aussi et plus encore la saga des Grégoire et autres séries d'époque. Comment expliquer ce phénomène ? Je crois que c'est le fait de côtoyer tous ces personnages qui ont passé dans cette vie et l'ont quittée, et qui, parce qu'on s'intéresse fort à eux, nous attendent dans l'autre dimension. Au point où j'en suis, je n'ai plus besoin de vendre de livres à quiconque, c'est juste une idée que je vous transmets en passant. Ce qui a marché pour moi pourrait bien marcher pour quelqu'un d'autre. Car quand on a apprivoisé la mort, on se sent libéré d'une chaîne lourde, et le bonheur de vivre n'en est que plus grand. Mais il y a une condition : ne dévorez jamais votre lecture et plutôt goûtez-la. Lisez lentement et vous vivrez au quotidien avec les personnages. Un livre n'est pas un big mac. Et sachez que la télé ne remplace pas la lecture d'un livre. Elle ne donne pas le temps de traverser le miroir. Elle impose son rythme et n'a rien à cirer de votre rythme à vous qui doit s'adapter au sien. Et vive la lecture ! L'INACHEVÉ Finalement, voici les titres des 8 livres que je n'écrirai jamais et que j'avais en tête pour les prochaines années. Chaque série est reliée à une page qui en donne l'argument que j'avais préparé pour la couverture arrière. Grand, très grand merci à tous mes lecteurs sans exception, ceux du prêt public comme les autres. Aussi aux libraires (presque tous) qui m'ont encouragé toutes ces années. Chers parents et amis, au revoir ! Je vous attends... très bientôt ! (Clin d'oeil) (Suite à une conversation avec un ami, je vous suggère la lecture du dialogue entre le petit prince et le renard dans Le petit Prince de Saint-Exupéry.)
André Mathieu, romancier P.S. Beaucoup de lecteurs se rendent dans mon village natal de Saint-Honoré visiter les lieux des Grégoire. Ils y trouvent le salon d'Émélie à l'épicerie, la pierre tombale des Grégoire au vieux cimetière, la maison rouge, la maison de Bernadette, les pistes du diable et aussi la maison où l'auteur est né qui se trouve au coeur du village. Voici la maison où j'ai grandi...
P.S. La date de mon décès apparaîtra en page d'accueil le moment venu.
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